This Quiet Dust - This Quiet Dust (Catherine Watine Paul Levis)

Publié le 11 Juin 2013

Watine nous revient avec un projet avec le multi-instrumentiste Paul Levis,This Quiet Dust. Avec Watine, j’ouvre ce travail délicat de la chronique d’albums qui ne peuvent être pour moi que des chroniques de coeur. Je me refuse à critiquer ce que je n’aime pas, préférant me passionner pour ce qui me touche en me disant peut-être naïvement que cela vous touchera aussi. Je n’ai aucun don pour le fiel. Watine est de ces artistes de cœur pour moi mais aussi pour A découvrir absolument.

On se rappelle de son parcours discographique entamé en 2005 avec son projet Random Moods. Puis vint Dermaphrodite où s’installait doucement cet univers étrange de cette "vieille enfant" (comme elle plait à se décrire) "qui a fait le tour plusieurs fois et qui maintenant s’est assise au piano". Avec B-Side Life en 2009, elle enrichit encore ses horizons de prismes multicolores. En 2011,c’est "Still Grounds For Love" avec sa pochette superbe de Carolina Lysiak, puis son extension sous forme de remixes,Maison Watine.

Il y a un plus d’un an,Paul Levis,musicien folk,auteur de musiques de scène pour le théâtre,propose à Watine un projet autour de la poétesse Emily Dickinson. Paul Levis sera la colonne vertébrale de This Quiet Dust,il compose,joue et arrange,en laissant toute liberté à la voix de Watine de s’exprimer,de jouer avec ses limites,avec des contre-chants ou des petites amuseries dans les aigus. Ces voix sont le fil conducteur de cet album . Tout au long du Ep nous ressentons cette étrange impression de voir des ombres accueillantes qui nous accompagnent dans les prairies ensoleillées de notre enfance. C’est un album très clair,comme des comptines accidentées qui ne sont pas très loin parfois de l’univers de Mark Linkous.

Entre ces deux-là,s’instaure une harmonie palpable à l’écoute, qui libère une certaine parole, une alchimie qui estompe les différences... Mais c’est une harmonie aux facettes multiples qui nous parle d’un vide impossible à combler, d’une inépuisable curiosité, de la difficile position dans le monde, du proche et du lointain, comment y trouver sa place et parfois la réclusion pour ne pas s’obliger à l’affrontement. Une envie de spleen de douceur et de mélancolie.

Et il y a Emily Dickinson qui approche le néant de tous côtés en s’effrayant elle-même. Elle finit par se dérober au monde. Il n’y a plus de frontières entre ce qui est et l’invisible, entre la beauté et son evanescence.

Il y a aussi cette pochette de Paul Levis qui n’est pas sans rappeler celle de "Still grounds for love". Des racines,des arbres,une vie souterraine tout aussi importante que l’apparence que nous en donnons. Ce gros nuage où il pleut comme des lueurs de neige.

Comment rendre à travers des mots la sensibilité,la fragilité de ces petites gouttes de mélancolie que forment les chansons de This Quiet Dust… ? Cet EP,c’est comme un voyage joueur dans le gris clair, dans un univers de trompe l’œil émotionnel… Le petit cliquetis qui ouvre A Certain Slant Of Night,ce serait un peu comme ces petites tirettes de vieille boite à musique surannée et oubliée que l’on tenterait de réamorcer…Ce titre me ramène immédiatement vers des sensations ou des souvenirs de pas qui crissent dans la neige,de la fascination ressentie devant ces paysages immobiles. C’est un jeu entre ombres et lumières que ce titre d’ouverture.

Avec Further Than Arm Could Stretch, Paul Levis s’aventure sur les terres hantées de Sparklehorse. Les voix nous entrelacent et nous transportent dans un sentiment d’insécurité heureuse. A Lonesome glee,c’est la mélodie à nu et l’émotion au plus fort… Comme une élégie qui se jouerait du dérisoire,du superflu et du futile… Comme un haiku en forme de tsunami émotionnel qui contiendrait tout un univers dans une larme…

A la première écoute de A Long Long Sleep,ce qui me touche, ce sont ces deux voix qui se mélangent sensuellement comme deux amants qui ne voudraient pas se lâcher au petit matin pour prolonger ce moment encore et encore…

This Quiet dust nous réchauffe et nous glace dans une spirale douce…. Ces arrangements tout dans la nuance !!!! Cette trompette à mi-parcours qui apporte comme de la sérénité, comme des petites touches du David Sylvian du Secret Of The Beehive.

I told my soul to sing mêle organique et céleste comme dans une comptine qui irait voir ailleurs… Bright Knots Of Apparitions est de ces morceaux qui résument bien This Quiet Dust, une terre vaporeuse entre gris et blanc comme en référence au nuage de la pochette avec ses arbres qui cherchent leurs racines…Comme une évocation de cette lumière qui n’a pas peur d’affronter le noir, les ombres… C’est pour moi un des plus beaux titres du répertoire de Watine et un des plus beaux de This Quiet Dust… Watine n’a jamais aussi bien chanté. Elle s’empare de ce texte,le fait sien et nous fait sentir cette souffrance nimbée de douceur comme un message personnel qu’elle nous murmure au creux de l’oreille… Ce n’est plus Emily Dickinson qui nous parle mais Watine, dénudée, authentique, révélée à elle-même par tout le talent et la discrétion modeste de ce faiseur de moments privilégiés qu’est Paul Levis.

Le projet de Paul Levis et Watine nous transporte dans un univers de trompe l’œil émotionnel,de mélange de couleurs nuancées où rien n’est vraiment défini mais où tout est lumineux. Il vous laisse le choix, explorer ses côtés sombres ou se laisser aveugler par sa clarté… J’ai choisi de ne pas choisir…. This quiet dust forme un tout organique,fragile composé d’une foultitude de petits détails qui vous demanderont plusieurs écoutes pour commencer à percevoir les contours de ses nuances.C’est dans ces nuances que se cache justement un univers tortueux mais accueillant. C’est un projet qui par humilité, ose le défaut pour mieux affirmer l’humanité de ses protagonistes.

Avec cette collaboration avec Paul Levis,Watine se met au service du compositeur et de la poésie dickinsonienne, elle s’estompe et en sort grandie. Cet EP joue en permanence par petites touches sur ce petit muscle qui bat au fond de nous. Ce n’est pas un onirisme facile mais plutôt de ceux qui s’apprivoisent, de ceux qu’il faut mériter… This quiet dust, c’est un peu comme ces petites bribes de souvenirs qui s’estompent et que l’on tenterait de reformer, c’est un peu comme la lumière qui filtre à travers la poussière quand elle n’est pas trop agitée.

Le maxi EP 7 titres sur toutes les plate-formes digitales et l’album annoncé pour Octobre.

http://www.thisquietdustmusic.com

http://www.watineprod.com

http://elvmusic.com

Rédigé par Greg Bod

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